titre premiers pas,Mexique



 

Le soleil brille à travers le hublot. Cela fait bientôt douze heures que nous avons décollé de Frankfort. Le paysage défile sous l'avion, étonnamment varié malgré l'altitude. Il faut dire que le ciel est tellement clair. Nous survolons le continent Américain depuis un bon moment. Parfois l'aile de l'avion accroche un rayon de soleil. Tiens ! le Mississipi ! Quel fleuve ! Notre Seine ressemblerait à un vermisseau à coté de cet énorme reptile.
Long et ennuyeux douze heures de voyage ? Non ! Pas du tout. Qui se plaindrait de douze heures de soleil sans interruption ? Et le survol du Québec ? de Terre Neuve et ses îlots complètement gelés ? A douze mille mètres d'altitude, les icebergs sont aussi impressionnants que du sucre en poudre. Et puis il y a cette attente, énorme, fascinante : dans peu de temps nous foulerons le sol du Mexique ! Dormir dans ces conditions ? Certainement pas !
Nous approchons, l'avion commence à perdre de l'altitude. En survolant la Sierra Madre, il est pris de violents soubresauts. Voilà qu'en plus du voyage on nous offre un tour de montagnes russes! Amusant, mais un peu brutal quand même.
L'avion continue à descendre et semble maintenant frôler les toits de Mexico. Nous survolons des kilomètres de maisonnettes carrées avant que les roues ne touchent le tarmac. Il doit s'agir des quartiers pauvres qui entourent le centre ville.

L'avion s'immobilise et nous foulons enfin le sol des Aztèques. Le premier contact est plutôt décevant. L'aéroport de Mexico est froid, sombre, triste même. Le personnel n'est pas aimable, loin s'en faut. Il est vrai que douanier et amabilité ne font pas bon ménage.
Après avoir récupéré nos bagages, nous apercevons notre guide, Luis. Enfin un visage souriant. Luis est un intellectuel Mexicain passionné d'histoire Précolombienne, ardent défenseur des indiens du Chiapas, qui saura tout au long du séjour nous faire partager sa passion pour le Mexique et ses habitants. Aussitôt sortis de l'aéroport, nous nous engouffrons dans un car qui nous emmènera à notre hôtel, au centre de Mexico.

Le contraste entre le soleil resplendissant qui a accompagné tout notre voyage et la lumière tamisée des rues de Mexico est saisissant. Sans doute s'agit-il de cette fameuse chape de pollution qui coiffe la ville en permanence, lui conférant une lumière si particulière.
Personne ne parle dans le car. Il faut dire que nous sommes debout depuis plus de vingt deux heures. Bientôt, le car se gare dans une petite rue, devant l'hôtel Marlowe, un hôtel sans charme particulier. Les porteurs de l'hôtel sont tous des indiens, petits et trapus. Ce sera d'ailleurs une constante dans tous les hôtels que nous fréquenterons. Distribution des clés. Dernières consignes pour se retrouver demain matin.
Nous voici seuls dans nos chambres. Le dîner a été servi dans l'avion. Il n'est pas encore vingt et une heures à Mexico, mais la fatigue du voyage et le décalage horaire auront bientôt raison de notre veille. Défaire les valises ; souffler un peu ; encore un quart d'heure de passé. Il serait plus que raisonnable de se coucher rapidement, demain la journée sera très longue. Oui mais voilà, ce que nous avions presque oublié, avec la fatigue et le décalage, ressurgit brutalement : nous sommes au Mexique, cette terre dont je rêve depuis que je suis enfant. Je suis dans une chambre d'hôtel tristement banale, mais à MEXICO !
En un instant, toute fatigue est oubliée. Il faut sortir, voir, sentir, s'imprégner de cette atmosphère. C'est avec fébrilité que nous descendons précipitamment les escaliers. L'ascenseur, ce sera pour le retour. Aussitôt dehors, c'est un autre monde. Pas de doute, nous sommes loin, très loin de Paris.

Le soleil est presque couché, les vitrines sont allumées. Nous sommes assaillis d'impressions, de sensations. Le bruit ? Les couleurs ? Ce sont peut être les odeurs qui sont le plus extraordinaires dans cette rue. Une odeur très forte, très typique, de cuisine.
A tous les carrefours, des étals de petits commerces encombrent les trottoirs. Une table, quatre piquets, une bâche jaune vif, parfois deux roulettes pour se déplacer facilement sans tout démonter.
Certaines de ces échoppes proposent les fameux tacos. Ce sont des galettes de maïs cuites sur place sur un grill, accompagnées d'oignons, de poivrons et d'un peu de viande. Tout cela dégage une fumée âcre et une odeur pour le moins particulière. Les trottoirs sont luisants de graisse. Parions qu'ils ne sont jamais lavés en dehors de la saison des pluies.
Tout près de l'entrée de l'hôtel, une vieille Plymouth des années 50. Très vieille même, usée, repeinte à la hâte, rafistolée. Il s'en dégage un charme désuet. Adossé sur le capot, un couple d'adolescents mexicains échange des serments d'éternité. Très " Barbara Cartland " cette image. Il me prend l'envie d'immortaliser cette scène, mais je ne le fais pas. J'ai toujours eu beaucoup de mal à voler l'intimité d'autrui.
Nous continuons notre exploration (nous sommes déjà à cinquante mètres de l'hôtel !) dans une petite rue perpendiculaire. Là, l'ambiance change nettement. C'est plus calme, il n'y a pas de voitures, mais beaucoup de monde.
La nuit est maintenant totale. Dire que nous sommes rassurés serait exagéré. Un simple regard circulaire nous confirme que nous sommes deux touristes isolés parmi tous ces Mexicains. Les visages qui nous observent ne sont pas menaçants ni même inquiétants, mais quand même, ils nous observent, faute d'autre occupation sans doute. Je ne sortirai pas le caméscope ici. Sous les réverbères, les vendeurs de rue se regroupent. Ici un marchand de briquets, là un marchand de Havanes. Ils portent leur marchandise soigneusement rangée dans des plateaux de bois maintenus autour du cou par une sangle.
Nous rebroussons chemin pour nous diriger vers l'artère principale. C'est facile à trouver, on entend d'ici le bourdonnement de la circulation.

C'est une grande rue, trois voies dans un sens, trois dans l'autre, plus une voie supplémentaire qui peut être empruntée par les véhicules de sécurité, dans un sens ou dans l'autre ! La circulation est très dense, les klaxons très nerveux. Beaucoup de 'trucks', ces immenses camions américains.
A quelques centaines de mètres , la tour Latino Américaine domine le quartier du haut de ses 183 mètres. D'allure étonnamment moderne, elle fut pourtant construite en 1948. La foule se presse sur les trottoirs.
Cette ville, bruyante et polluée nous apparaît gaie et vivante. Nous marchons encore un moment au hasard, comme pour nous imprégner de son mystère et de ses contradictions.

Mexico, une mégalopole de 22 millions d'habitants, construite à 2240 mètres ; c'est la ville de tous les superlatifs.
La plus dangereuse : 28 délits par heure à Mexico !
La plus poétique : tous les soirs les Mariachis rivalisent de conviction pour jouer la sérénade aux couples épris de tendresse.
La plus polluée : 4 millions de voitures, 30000 usines enclavées dans la ville.
La plus exubérante : ici, le 2 novembre, on va pique-niquer sur les tombes des chers disparus.
La plus inconsciente : construite sur un sol marécageux, au pied d'un volcan en activité, dans une région sensible aux séismes.
Mais aussi la plus captivante et la plus attachante des capitales.

 


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Dernière mise à jour le
14/07/2001
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